ACTUALITÉS

LE TROPHÉE DES LAURÉATS DU CONCOURS
PRESSE CITRON{BnF 2021



OSER DESSINER : REPORTAGE EN CINQ ÉPISODES
SUR LE DESSIN DE PRESSE DANS LE MONDE ARABE


Consultez le menu reportages dès à présent !


MARIE MORELLE, PREMIÈRE DESSINATRICE
FRANÇAISE À FAIRE LA UNE DU MONDE
APRÈS LE DÉPART DE PLANTU


Marie Morelle, de Cartooning For Peace, première dessinatrice française à faire la Une du Monde (14 avril) après le départ de Plantu.

Un nouveau dessin signé Marie Morelle, paru à la Une
du Monde le 11 mai.


CÔTÉ ÉTUDIANTS : LAURAMANIA


Autoportrait de Laura Gaydon

Le jury professionnel a plébiscité, cette année, une production très éloignée de la lignée du dessin de presse traditionnel : minimalisme, perfection du trait, aplats de couleurs, obtenus grâce à une excellente maîtrise de l’outil numérique. Une image finalement plus proche de l’affiche que du dessin d’actu tel que nous le pratiquons au quotidien.

À des années-lumière du travail de Manon qui, l’année dernière, avait remporté la tasse grâce à un dessin d’autant plus efficace que sa ligne claire, encore malhabile, reflétait une extrême sensibilité…

Qu’est-ce-à-dire ? Sans doute que tous les codes sont en train d’exploser et que nous entrons (enfin) dans l’ère de toutes les techniques d’expression et de tous les possibles.

Laura a vingt ans. Elle est douée. Brillante autant que réservée. Née dans un petit village de la Loire, département 42, elle passe son bac S, entre à la fac d’Info-Com à Chambéry, puis coupe court : elle sera graphiste.

Elle intègre donc un DNMADe option Image à Metz. Ce qu’elle aime, dans cette formation, c’est sa polyvalence, l’ouverture à tous les domaines culturels et la variété des médiums d’expression. Sa classe, d’un effectif de trente puisqu’elle regroupe deux sections, a la chance, depuis la fin du premier confinement, de pouvoir fonctionner en présentiel.

Laura a bien conscience d’être une privilégiée par rapport à beaucoup d’autres étudiants. Alors, elle travaille. Elle expérimente, tout en analysant les productions de dessinateurs peu bavards, comme le caricaturiste portugais André Carrilho ou le Polonais Andrzej Krauze, dont les images allégoriques et grinçantes font les beaux jours d’El Guardian. Willem fait également partie de ses modèles.

Modeste, Laura considère sa maîtrise du dessin encore insuffisante ; d’où la confiance accordée au logiciel Illustrator. Revue de presse, puis choix d’un article qui l’inspire et c’est parti ! Croquis puis tablette graphique, ce qui lui permet de revisiter les clichés et d’obtenir un rendu épuré, propre et immédiatement lisible grâce à l’utilisation d’un code couleur très contrasté, faisant au noir la part belle.

Un avenir dans le dessin de presse ? Laura n’y avait même pas songé… Pour lors, elle enchaîne les stages de formation et s’apprête à découvrir le coworking sous toutes ses formes au sein d’un collectif lyonnais. Fascinée par le graphisme, elle y voit un jeu complexe de création liant le texte et l'image et surtout, un moyen de transmettre aux autres, concepts et expériences. À suivre !

Luce Mondor

Dessin gagnant du concours, catégorie étudiants

Bravo à Laura pour son magnifique dessin, reflet d’une grande maturité, tant par le combat qu’il appelle à mener que par la qualité de son traité graphique. Sa légère asymétrie rajoute un délicieux côté authentique et personnel.

En tant que femme artiste, douée par conséquent d’une certaine sensibilité, il est difficile de ne pas se prendre l’injustice de l’inégalité des sexes de plein fouet et c’est sans doute ce qui a amené Laura à traiter ce sujet (et de cette manière !).

Le dessin de Laura est à la barrière entre le dessin de presse et le graphisme. Notre société évolue et les cases tombent : le dessin de presse est devenu pluriel, le but étant de faire passer un message de la manière la plus lisible possible. Ce qui est, à mon sens, ici très réussi.

Marie Morelle, dessinatrice de presse

Quelques-uns des dessins réalisés par Laura



Le dessin de presse, ça s’enseigne !

Isabelle Gille & Leny Dumas sont professeurs d’Arts appliqués au Lycée de la Communication de Metz. Et bien sûr, en raison des confinements successifs, le binôme a dû trouver des solutions pour renforcer l’autonomie des élèves et stimuler leur production à distance.

L’idée du dessin de presse leur est venue de leur passion pour la presse et de leur lecture régulière de Courrier international. Isabelle, ancienne élève d’Olivier-de-Serres, avait aussi un copain de promo qui fut jadis, lauréat du Presse Citron… Donc pourquoi ne pas utiliser le prétexte d’un concours, ce qui a le mérite de fixer des règles et surtout des dead-lines précises, pour motiver les étudiants ?

Galop d’essai l’année dernière ; puis cette année, projet minutieusement réglé : lancement du sujet en novembre ; puis cinq semaines de travail en concentré, avec obligation de rendu quotidien. Le public concerné, une classe de deuxième année de DNMADe option Image, composée de quinze étudiants, apprend à dominer ses réticences, à expérimenter puis à approfondir ses techniques de prédilection.

C’est l’actualité qui impose les sujets : avant Noël, la disparition du président algérien ou le bug de Google ; mais aussi des thèmes plus intemporels comme la pandémie ou le désastre environnemental. À travers des cours d’analyse de dessins de presse, des recherches encadrées et des ateliers de création graphique, les étudiants comprennent que cette discipline n’est pas une simple illustration des faits mais qu’elle demande une mise en cause personnelle et qu’elle implique une subtilité dans l’analyse autant qu’une prise de risque.

Ligne claire, aplats, photomontage, exploration de la gamme de couleurs : différentes techniques sont expérimentées et les styles s’affirment. Ceux qui veulent enverront leurs dessins au concours, plusieurs d’entre eux seront présélectionnés et la lauréate sera Laura.

Bravo à tous pour cette belle, efficace et prometteuse séquence de didactique !

Luce Mondor


CÔTÉ ÉTUDIANTS : CLARASAGA

Dessin coup de coeur, catégorie étudiants

De quoi est-ce qu’on parle-t-on ?

Par exemple, si l’on dit qu’on aime L’Origine du Monde de Courbet, veut-on dire qu’on apprécie la qualité picturale du tableau ou bien l’idée « sous-jacente », son sujet révolutionnaire ?... L’idéal étant, bien sûr, de goûter les deux. C’est la même chose en dessin d’humour : pour prendre d’autres exemples, quand on dit j’aime les dessins de Wolinski ou de Geluck, de quoi parle-t-on vraiment ? De la qualité graphique du dessin proprement dit ? Ou de l’idée, du scénario, de l’humour du texte contenu dans les bulles ? Cela va sans dire, mais ça va mieux en le disant, à plus forte raison quand il est question d'école de dessin.

Tout ça pour en venir à l’histoire d’un prof qui s’escrimait désespérément à enseigner les rudiments du dessin à une élève, laquelle refusait de les appliquer… et décrocha tout de même le Trophée Presse Citron{BnF !

Le vieux prof rendit son tablier, hésitant entre s’engager dans les ordres ou dans la légion. Mais il rendit surtout la parole à son élève, Clara, qui conta à son tour sa propre histoire (à lire ci-dessous), confirmant au passage un talent certain de scénariste, salvateur dans nos métiers en voie de réanimation.

Jean Mulatier, professeur de dessin accentué à l’École Émile Cohl


Autoportrait de Clara Grimbert

Mots croisés

À partir de l’âge de six ans, j’ai commencé à lire les albums de Reiser que mes parents m’avaient formellement interdit de consulter, aux toilettes où je m’enfermais pendant des heures, riant même de ce que je ne comprenais pas. Ses dessins ne m’ont jamais quittée et sont restés depuis un idéal de liberté et d’humour.

Lorsque j’ai commencé à dessiner, je me focalisais sur les reproductions de dessins ou de peintures de maîtres, et je n’aurais jamais pensé être capable un jour de dessiner d’imagination, encore moins de raconter des histoires.

Après trois ans de dessin académique intensif à l’école Émile Cohl, le déclic s’est fait, paradoxalement. Me voici à présent en possession de petits personnages disponibles dans ma poche à tous moments, et à qui je peux faire dire n’importe quoi. Simples et dociles, ils se laissent modeler et déformer dans tous les sens, pour devenir les acteurs des histoires que je veux raconter.

À présent, grâce à eux, j’ai accès à un moyen d’expression total qui me permet de proposer ma vision de l’actualité et d’exprimer mes indignations, mes colères et mes surprises. Mais surtout, ils me permettent à mon tour d’essayer de faire rire, et il n’est pas de plus belle arme.

Clara Grimbert




Quelques-unes des sources d’inspiration de Clara :

Bretecher

Sempé

Reiser

Voutch


CÔTÉ PROS : MATA HARI


Autoportrait de Mata Hari

Qui es-tu, Mata Hari ?
Entretien avec la lauréate du Trophée Presse Citron{BnF

Nous savons que tu n’es pas une professionnelle du dessin de presse et que tu es tenue par un devoir de réserve. Tout ceci excite la curiosité… D’abord, pourquoi ce pseudonyme ?
En fait, c’est mon surnom de militante… J’étais régulièrement missionnée pour tenter d’infiltrer les arcanes du pouvoir (rires). Je l’ai conservé pour ses résonances : matar, en espagnol, signifie tuer ; et dans « Hari », il y a le rire. Mata Hari, c’est donc aussi le rire qui tue…

Mais tu avais un autre pseudo, précédemment : Presse Papier.
Oui, je l’avais choisi pour sa neutralité générique. Je suis donc passée, en quelque sorte, d’un genre non binaire à une féminité assumée !

C’est sous le nom de Presse Papier que tu avais obtenu le Coup de cœur Presse Citron catégorie Étudiants, en 2003 je m’en souviens très bien.
Moi aussi. J’ai même retrouvé le dessin (que voici) : c’était un dessin sur la prise d'otage tchétchène d'un théâtre moscovite et les Russes n'avaient pas fait dans la dentelle durant leur assaut. J’étais alors étudiante aux Arts déco, en troisième année, et j’avais suivi un cours de dessin de presse, sous la houlette de Jean Lagarrigue. À l’époque, j’étais très inspirée par les affiches politiques et par Topor. Ce prix coïncide également avec une réelle prise de conscience politique qui ne me quittera plus.

Est-ce que cette distinction a changé quelque chose à ta vie ?
En fait, cela m’a donné l’assurance suffisante pour démarcher mon premier journal, Citron-Magazine (rires). Disons que cela a affirmé ma légitimité en tant que dessinatrice.

Tu es une dessinatrice engagée, voire politique. Quelles sont tes «grandes causes » ?
Je revendique le rôle politique du dessinateur. Je n’ai pas de sujets de prédilection. L’actu oblige à un positionnement politique global ; c’est la lecture des sujets qui est politique. Mes grandes causes, ce sont les inégalités et les violences sociales. En particulier le sort des femmes depuis quelque temps. Il faudrait que je me penche un peu plus sur l’écologie, sur les inégalités raciales aussi.

Tu as participé à l’aventure Siné-Madame : tu peux nous en parler ?
Eh bien, c’est cette aventure qui m’a remise en selle ! Six numéros, c’est peu, mais on a quand même eu le temps de greffer des sujets féministes sur la tradition généraliste issue de Siné ; et de féminiser le propos. Et puis c’est là que j’ai découvert l’ambiance des conférences de rédaction, qui sont des confrontations inoubliables.

Quels sont tes « maîtres » ?
Topor, j’en ai déjà parlé, ainsi que la tradition de l’affiche polonaise ; et tout le dessin d’humour anglo-saxon. J’aime beaucoup les dessins muets : la force de l’image à l’état pur. Et puis El Roto (littéralement « Le Cassé »), le dessinateur d’El Pais, il est la version graphique d'Hannah Arendt. Et Honoré, bien sûr, pour sa méthode de travail et le décalage entre l’image et le texte.

Tu as été profondément marquée par les attentats de 2015...
Oui, fauchée net. Muette pendant quatre ans. Mais pas inactive puisque, pendant ces années, je me suis consacrée à l’organisation d’événements sur le dessin de presse ainsi qu’à la création et à la diffusion d’affiches politiques.

Quelle est ta technique de dessin ?
Je produis peu car je privilégie la construction graphique plutôt que l’inspiration sur le moment. Je prends le temps de façonner mes images, peut-être trop parfois. Je réalise d’abord le croquis, cherche les mots ; parfois je procède par récupération d'images, passe par le collage, puis j’harmonise à la main sur la table lumineuse ; enfin je mets les couleurs et je cleane sur ordinateur. Mais j’ai encore beaucoup à apprendre, en particulier sur le lettrage. Je trouve formidable, par exemple, le travail de Coco sur le dessin de lettres.

Quels sont tes projets immédiats ?
Je suis une dessinatrice laborieuse… Le rythme mensuel me convient donc beaucoup mieux que les hebdos. Siné Mensuel me prend parfois des dessins ; sinon, j'aimerais démarcher d'autres canards, pas forcément satiriques, pour y créer d'autres espaces pour le dessin politique.

Et comment vois-tu l’avenir du dessin de presse ?
Je le vois très féminin. J’espère que le dessin de presse ne va pas disparaître juste au moment où les filles arrivent !

Propos recueillis par Luce Mondor

Coup de cœur Presse Citron 2003 : 
Prise en otage d’un théâtre moscovite par les Tchétchènes

Dessin d’El Roto, paru dans le quotidien espagnol El Pais, traduction française dans Le Cahier électrique, 2013
(Les Cahiers dessinés)

Dessin paru dans Siné Mensuel n° 96, mai 2020

La langue inclusive, dessin non publié, août 2019


CÔTÉ PROS : DELAMBRE


Portrait de Delambre par Cabu

Coup de cœur pour Jean-Michel Delambre

Le coup de cœur, je l’avais déjà eu, il y a vingt ans exactement, un soir que nous dédicacions de conserve des ouvrages très littéraires chez un éditeur de la Rive gauche. Mais ça, c’est perso. Ce jour-là, je lui avais appris à faire des pyramides de clémentines : ça jette et c’est pas cher.

Avec ses trente-deux ans de bons et loyaux services au Canard enchaîné, Delambre talonne une autre figure bien connue de la profession, mais il serait réducteur de l’estampiller « dessinateur de presse » tant il est éclectique. Un indice ? Le premier de ses dessins à avoir été retenu par la rédaction du journal représentait Madame Bovary ratant son suicide parce que les pharmaciens étaient en grève… Depuis lors, Jean-Michel Delambre n’a cessé de pratiquer la citation décalée.

Car ce ch’ti de Liévin enseigna les lettres avant de troquer la plume pour Le Canard. Né à l’hémistiche du vingtième siècle, biberonné à Spirou et à la BD belge, il a opté très tôt pour la mine… de plomb ; mais il a gardé de ce pays laborieux et du sable des dunes du Nord le goût de la matière et le sens des valeurs.

Difficile de choisir entre ses deux passions, l’écriture et le dessin : il sera donc un temps prof de lettres/arts plastiques, à l’époque où l’Éducation nationale souhaitait rentabiliser la profession. En parallèle, il gagne quelques sous comme maître-nageur à la piscine du Touquet (Brigiiiiiite !) mais surtout il y observe les baigneurs, dessine les corps, invente les histoires…

Avant d’être embauché comme salarié au Canard (le Graal !), JMD sera, pendant quatre ans, pigiste et prof à mi-temps. Tombé, dès l’aube, amoureux de « la fille du proviseur » il y rencontrera Cabu, son idole. Et Tignous, à Marianne, puis Wolinski et les autres… Réveillé à quatre heures du mat pour rallier la capitale par le train, il ne rate pas une seule des conférences de rédaction du mardi : le travail d’équipe, les cafés/croissants au comptoir, partagés avec des esprits aussi brillants que Jean-Luc Porquet ou Sorj Chalandon (pour n’oublier aucun dessinateur, autant ne pas les citer !) sont des moments forts. Et comme il est le roi du calembour, Delambre ne se contente pas de dessiner : il pond aussi des titres.

Sa technique s’affirme. Il impose la couleur, qu’il manie de mieux en mieux. Et puis, dans le joyeux bordel de son atelier de la Côte d’opale, il peint (à l’aquarelle, sur papier Ingres : tout ce qui donne au dessin son grain et sa tessiture), il sculpte, expérimente les techniques mixtes, anime des ateliers de création, et il écrit : poésie, nouvelles, livres pour enfants, où il instille autant de douceur que d’ironie. Le Diable au Corse, Frime et chat qui ment, La Rentrée des glaces… La passion des mots nourrit son univers graphique.

Je repense alors à un autre Delambre, mathématicien parti en plein cœur de la Terreur avec un compère (Méchain), muni d’un improbable instrument, le « cercle répétiteur », mesurer des triangles pour inventer la dix-millionième partie du quart du méridien terrestre.

Luce Mondor

Dessin réalisé à la demande de Cartooning for Peace, dans un recueil offert à Plantu pour son départ à la retraite

« Corcovido », dessin inédit, 2021

Dessin réalisé pour le Musée Toulouse-Lautrec d’Albi

« Qui a dit que c’était le bordel ? »


DÉPLACEMENT DE SIGNES,
DÉPLACEMENTS DE SENS


Trophée Presse Citron/BnF 2021 :
Mata Hari, Siné Mensuel n°104 (février 2021)

Coup de cœur Presse Citron/BnF 2021 :
Delambre, Le Canard enchaîné (printemps 2020)

Les deux lauréats professionnels choisis par les suffrages étudiants ont construit leur dessin en faisant appel à une référence iconique de l’histoire de l’art du XXe siècle.
Mata Hari emprunte la composition et même le style de son dessin paru dans Siné Mensuel (février 2021) à une affiche produite durant la révolte étudiante de Mai-Juin 68 par l’Atelier populaire, ex-École des Beaux-Arts de Paris. Quant à Delambre (Le Canard enchaîné, printemps 2020), il intervient sur une reproduction d’une peinture d’Edward Hopper, Morning sun (huile sur toile, Columbus Muséum of Art, Ohio, 1952).

La force de ces deux dessins tient à ce que l’expérience pandémique actuelle, avec ses effets décuplés sur la jeunesse (solitude, aliénation, limitation des possibilités d’expression), se trouve traduite par le détour d’une œuvre déjà reconnue, soit pour sa dimension militante, soit pour son aura d’image captivante. Ce n’est donc pas l’autonomie du dessin de presse qui se voit couronnée, mais plus exactement son appartenance à une catégorie plus large, plus floue aussi : nommons cela, après d’autres, le monde de l’art. Pour être appréciés et savourés à leur juste mesure, ces dessins requièrent d’en passer par un code de déchiffrement secondaire. Il faut avoir la réf(érence) comme on dit ! Et en même temps, cette dernière est soumise en l’occurrence à des opérations de déplacement. Voyons exactement ce qu’il en est.

Mata Hari nous parle du bâillonnement de la jeunesse (une jeune femme en 2021 au lieu d’un garçon en 1968) qui résulte du confinement dans la sphère privée, tandis que l’ombre du général de Gaulle faisait surtout entrave en son temps — après des années d’autoritarisme— à ce que puissamment Michel de Certeau a alors désigné, par analogie avec la prise de la Bastille, comme une prise de parole. Est-ce que la génération de Greta Thunberg, du mouvement des places, des nuits debout, n’a pas su, quand il le fallait, « parler vrai » ? Si cette jeunesse (catégorie sociologiquement à préciser) masquée-muette reste chez elle et ne peut plus « sortir », cela signifie concrètement que l’espace public est déserté, alors qu’il constitue l’un des lieux de construction d’une liberté forgée collectivement au contact de multiples interactions sociales.

Alors que l’affiche de l’Atelier populaire renvoie immédiatement à une position militante, en sorte que l’opération de la dessinatrice consiste à en réorienter le potentiel contestataire, ce n’est pas du tout le cas de la peinture de Hopper dont la signification est d’abord opaque. Une femme en chemise de nuit sur son lit expose son corps au soleil du matin. Elle se tient assise devant une large fenêtre qui permet de deviner un immeuble d’une supposée grande ville : on repère notamment un réservoir d’eau typiquement américain sur le toit de l’habitation en briques lui faisant face. Pour le reste, Hopper s’intéresse particulièrement au jeu de la lumière et à cette séparation intérieur-extérieur qui n’est pas forcément à comprendre comme un enfermement ou à investir de considérations d’ordre psychologique. L’espace de la chambre est un espace mental, une chambre à soi où la pensée peut errer à sa guise. Rien d’ailleurs ne distrait son occupante ou nous-même comme spectateur : mur vide, ciel sans nuages, regard visant un horizon invisible. Dans Scène de la vie future ? de Delambre, la chambre devient d’un coup plus étriquée. Enfermement, claustration, envie d’aller voir ailleurs : l’espace imaginaire disparaît. Le dessinateur détermine une signification, fixe une orientation et transforme une chambre en cellule.

C’est là que nous vivons, spectateur sans émotion d’un monde qui nous échappe. C’est ainsi que nous vivons, réagit en écho Mata Hari, en s’adressant à la jeunesse de France censée demeurer passive en écoutant ce slogan cynique : « Sois jeune et chez toi ».

Jérôme Duwa


LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE VUE PAR MYKAÏA

(avec l’aimable autorisation de l’auteur)



DOSSIER : LODI, LAURÉAT DU PRIX CHARLIE

« C’est un honneur et un plaisir absolu, je voulais remercier Julien, et Riss et vous et tous les membres de Charlie… » Stooop ! On l’arrête très vite : « Eh ! Lodi, on n’est pas aux Césars là ! ». Rigolade. Lodi est aussi disert qu’il a le coup de crayon précis. Cet étudiant de 24 ans est le nouveau lauréat du prix Charlie.

« Trouver l’amour de sa vie avec le Covid », le thème de l’édition 2021 nous a valu des dessins par paquet de cent. Il fallait en choisir un, ce sera celui de Lodi. Un dessin inspiré par la visite historique du pape François en Irak et sa rencontre avec l’ayatollah Ali Sistani, au début du mois de mars.

Lire la suite de l'article « Dieu est humour »
sur le site de Charlie Hebdo.



Autoportrait de Lodi Marasescu

Quelques sources d’inspiration pour le lauréat :

« Peut-on rire de tout ? »
Dessin de Willem

« Well, back to the old drawing board ! »
Dessin de Peter Arno, publié dans le New Yorker du 9 novembre 1941.

« Marine Le Pen fait un bide aux USA » Dessin d’Honoré, publié dans Charlie Hebdo, 9 novembre 2011

« Pure Comedy »
Pochette vinyle du groupe Father John Misty, réalisée par le dessinateur Ed. Steed, qui travaille aussi pour le New Yorker.


MARS, LE MOIS DU DESSIN DE PRESSE


Du haut de ses 28 printemps, le Trophée Presse Citron{BnF a fait des petits.
Notamment au sein de l’Université Saint-Quentin-en-Yvelines, avec la création d’IlluMine, un événement dédié… au dessin de presse bien sûr !

La 3e édition d’IlluMine, intitulée « De Femmes et de Papiers », s’est tenue en février dernier et a été l’occasion d’aborder la question des femmes dans le dessin de presse : représentativité dans un métier à dominante masculine, représentation de personnages/personnalités féminins.es, le dessin comme vecteur des revendications féministes...

Un sujet d’actualité qui a passionné les étudiants du Master 2 Management et Communication des organisations, en charge de l’organisation de l’événement, ainsi que les auditeurs des lives Instagram – contexte sanitaire oblige - qui ont pu converser avec des invités de choix : Cartooning for Peace, Charlotte Josenhans, Marie Morelle et Pakman.

Les replays, ainsi que d’autres contenus, sont disponibles sur le compte Instagram @illumine.uvsq et sur le site dédié : https://illumineuvsq2021.wordpress.com/

IlluMine est heureux de bénéficier du soutien du Trophée Presse Citron{BnF et de participer à son échelle à la diffusion de la première de nos valeurs communes : la liberté d’expression.

Le lien du compte Insta : https://www.instagram.com/illumine.uvsq/



En avant toutes !
120 dessins de presse - Préface de Laure Adler

120 dessins de presse internationaux reviennent sur le combat des femmes pour l’égalité des droits depuis #MeToo et dénoncent les vio- lences faites aux femmes à travers le monde.

En 2017, le mouvement #MeToo invitait à la libération de la parole des victimes de harcèlement sexuel. Des millions de femmes de tous pays avaient alors parlé d’une seule voix pour témoigner des abus qu’elles avaient pu subir. Aujourd’hui, quel bilan pouvons nous tirer de cet épisode ? Si notre société semble s’engager dans une réflexion nécessaire sur la condition féminine, avec pour horizon l’égalité entre les femmes et les hommes, le respect des droits de chacune est encore loin d’être garanti en France comme aux quatre coins du globe. Sélectionnés par Cartooning for Peace, 120 dessins de presse internationaux reviennent sur les droits des femmes dans le monde après #MeToo. Tout en participant à la dénonciation des injonctions et des violences faites aux femmes, ils soutiennent les combats féministes et leurs enjeux déterminants.

Cartooning for Peace est un réseau de 203 dessinateurs du monde entier engagés à promouvoir la liberté d’expression, les droits de l’homme et le respect mutuel entre des populations de différentes cultures ou croyances par le langage universel du dessin de presse. Il est né en 2006, à l’initiative de Kofi Annan, prix Nobel de la Paix et ancien secrétaire général des Nations unies, et de Plantu.
Cartooning for Peace contribue à la reconnaissance du dessin de presse par l’organisation d’expositions, de rencontres avec le grand public ou dans un cadre pédagogique, tout en aidant les dessinateurs en difficulté dans le monde.

Laure Adler, journaliste sur France Culture et France Inter, est l’au- teure de plusieurs ouvrages dont Les femmes qui lisent sont dangereuses (Flammarion), Dans les pas de Hannah Arendt (Gallimard), une biographie de Marguerite Duras (Gallimard) Prix Femina de l’essai et, plus récemment, d’une biographie de Charlotte Perriand (Gallimard).


LES CARTES DE VŒUX 2021

Andre Carrilho (Portugal), détenteur de nombreux prix et connu notamment pour sa caricature virale sur l’épidémie d’Ebola.

Xavier Gorce (France) auteur de la série « Pingouins », publiée dans Le Monde.

Dominique Boll (France), adepte de la technique du pinceau libre, dite « encre jetée ».

Pierre Ballouhey (France), dessinateur polyvalent, mais aussi président du magazine France-Cartoons.

DEVO (France), professionnel de la caricature, connu notamment pour ses dessins féministes.

Marilena Nardi (Italie), première femme à avoir obtenu le Premier Prix dans la catégorie dessin éditorial du festival World Press Cartoon.


LES 10 FAITS MARQUANTS DE 2020

BAUER

BENJ

BRITO

LACOMBE

JIHO

LARGE

MAN

MYKAÏA

WANER

YSOPE

Dessins ayant participé au concours Presse-Citron 2020